mercredi 19 septembre 2012

Pour ou contre l'adoption par les couples homosexuels ?


Et voilà, c'est fait. J'ai écrit à ma députée... Pour vous, mes chers lecteurs, j'ai rajouté des numéros de paragraphes du compendium, et en fin d'article les phrases correspondant au fond de ce que j'écris... Preuve que le compendium peut assez largement faire l'objet de discussions poussées y compris avec des non-croyants. 


Bonne lecture, et n'hésitez pas à écrire à vos députés. 
Thomas

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Madame la députée, Monsieur le député

   Aujourd'hui, le débat sur le mariage des homosexuels et l'adoption par les « couples » homosexuels me semblent faire partie des débats majeurs à venir pendant la législature qui commence, puisque, outre les aspects de pure technique juridique, c'est bien face à un choix de société engageant pour de nombreuses années (décennies ?) que nous nous trouvons (#385). L'absence de débat préalable aux décisions déjà plus ou moins annoncées me paraît de nature à favoriser la prise de mauvaises décisions dans la précipitation (#394).

   En effet, là où je peux comprendre que deux hommes, ou deux femmes, puissent éprouver certains sentiments l'un pour l'autre et puissent souhaiter, à l'instar de couples hétérosexuels, mettre en commun leurs revenus pour vivre une vie commune, et accessoirement bénéficier de divers avantages fiscaux et sociaux (impôts sur le revenu, héritage, etc...) (#135), il m'apparaît en revanche que le sujet de l'accès au mariage et surtout à l'adoption pour les couples homosexuels pose de réelles questions de société qui ne sauraient être balayées du revers de la main par de faux arguments sur l'égalité. La différence de traitement entre couples homosexuels et couples hétérosexuels n'est en effet pas une distorsion du principe d'égalité puisque ce n'est pas l'individu homosexuel qui est écarté du processus d'adoption, mais c'est son mode de vie, choisi par lui, qui l'en écarte. Il serait tout aussi absurde de considérer qu'empêcher un fonctionnaire d'être embauché dans une entreprise qu'il contrôle serait une distorsion d'égalité. Des droits différenciés en fonction de choix de vie librement consentis ne sont pas des signes d'un déni d'égalité, mais d'un choix de société (#158).

   A un autre niveau, rechercher l'égalité homme-femme ne veut pas dire considérer que l'un et l'autre sont interchangeables. Au contraire, ce serait oublier que l'homme a besoin de la femme et la femme de l'homme, et ce serait une injustice portée tant contre la femme que contre l'homme que de penser comme cela. L'Histoire a montré que la femme pâtit souvent plus que l'homme de ces injustices. Comment, en effet, assurer les femmes d'un rôle « d'égal à égal » avec l'homme dans la société si l'homme se juge indépendant de la femme au point de penser pouvoir fonder une famille sans elle ? L'égalité vraie se joue dans la complémentarité, pas dans l'indépendance des sexes. Les clichés sont des clichés, et les hommes ne sont pas tous virils, machos, adeptes de jeux vidéos, de bière et de football pendant que les femmes feraient des courses, se feraient belles, et papoteraient. Mais dans le regard de l'homme, la femme se voit aimée pour ce qu'elle est : autre, mystérieuse peut-être, mais en tout cas nécessaire (#147). Dans ce constat de la différence, réelle, et de la complémentarité se joue la place de la femme ; la place de l'homme aussi (#146). Considérer le mariage homosexuel comme un mariage « comme les autres » présenterait donc selon moi un terreau favorable pour oublier la grandeur de la femme (et de l'homme) sous prétexte de vouloir s'affranchir de la nécessaire différence des sexes. 

   Tout aussi important, l'un des problèmes significatifs que poserait l'adoption par des couples homosexuels me semble être le fait qu'il manquerait à l'enfant soit un père, soit une mère. Or il est faux de penser qu'il n'y a pas de différence entre un père et une mère et que « la seule chose qui compte, c'est l'amour ». L'amour est nécessaire au développement d'un enfant, mais ce n'est pas rendre justice à l'importance de l'altérité homme/femme dans l'éducation d'un enfant que de penser que l'amour suffit. Ce n'est pas non plus tomber dans un raccourci grossier que de constater que les femmes ont une inclinaison naturelle à développer une tendresse toute proche avec leur nourisson, une attention au bien-être de leur enfant, mais aussi ce qu'on appelle dans toutes les cultures un certain instinct maternel. Et qu'à l'inverse, l'homme joue souvent le rôle de « rappel à la loi et au monde extérieur » pour tirer l'enfant de la fusion avec sa mère et le présenter au monde (#242). Bien évidemment, tous les couples hétérosexuels n'ont pas cette répartition des rôles aussi clairement définie et parfois il manque aux enfants un référent « rappel à la loi » ou au contraire un référent qui éduque à la tendresse. Et bien évidemment, certains couples homosexuels pourraient au contraire avoir des rôles complémentaires de ce type. Mais la reconnaissance de l'adoption par les couples homosexuels rendra les cas extrêmes « normaux ». Des enfants peuvent déjà se trouver dans cette situation « par accident de la vie » de n'avoir qu'un parent (décès d'un parent, divorce,...), voire deux « référents » de même sexe (divorce suivi d'une union homosexuelle). Mais instituer l'adoption par les couples homosexuels rendrait cette situation non plus « accidentelle », mais prévisible et certaine. On ne peut donc que s'y opposer, dans l'intérêt de l'enfant. 

   Accorder le droit d'adoption aux homosexuels présenterait donc le double problème de rendre plus difficile la transmission de cette vision de l'altérité des sexes aux enfants, mais aussi, pour la société, celui de la négation du besoin de faire face à la différence pour donner sa place à l'autre sexe. Le premier lieu de développement de ce problème serait de surcroît l'activité la plus fragile que nous avons à mettre en œuvre au sein de la cellule familiale avant tout autre endroit : l'éducation des enfants.

   Pour finir, le mariage ayant pour but d'instaurer les conditions favorables à la fondation d'une famille pérenne, il apparaît peu adapté de chercher à rendre possible un « mariage » entre deux personnes de même sexe. Pourquoi ne pas doter le PACS des avantages fiscaux du mariage (hérédité, fiscalité du couple …), au lieu d'introduire la possibilité de mariage pour des couples homosexuels, dénaturant ainsi la profondeur du mariage tel qu'actuellement vécu par tant de couples ? (#228)

   Ces sujets de société me paraissent devoir dépasser le cadre d'un débat de l'ampleur relativement faible qu'il a aujourd'hui. Je souhaiterais connaître votre position sur la possibilité de demander au gouvernement que le peuple français soit consulté par référendum sur le sujet du mariage, et de l'adoption, en espérant que cette position soit favorable à un élargissement du débat et de la consultation sur ce sujet que je qualifierais volontiers d'historique. (#189)

   Vous remerciant pour le temps que vous avez bien voulu accorder à la lecture de ce courrier, je vous prie de recevoir mes salutations les plus sincères


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#385 : [la communauté politique] est et doit être en réalité, l'unité organique et organisatrice d'un vrai peuple
#394 : L'autorité politique doit garantir la vie ordonnée et droite de la communauté, sans se substituer à la libre activité des individus et des groupes, mais en la disciplinant et en l'orientant, dans le respect et la tutelle de l'indépendance des sujets individuels et sociaux, vers la réalisation du bien commun.
#135 : La dignité de l'homme exige donc de lui qu'il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d'une contrainte extérieure.
#158 : une affirmation excessive de l'égalité « peut donner lieu à un individualisme où chacun revendique ses droits, sans se vouloir responsable du bien commun »
#147 : « La femme est une “aide” pour l'homme comme l'homme est une “aide” pour la femme! »: 290 dans leur rencontre se réalise une conception unitaire de la personne humaine, basée non pas sur la logique de l'égocentrisme et de l'autoaffirmation, mais sur celle de l'amour et de la solidarité.
#146 : Le « masculin » et le « féminin » différencient deux individus d'égale dignité, qui ne reflètent cependant pas une égalité statique, car la spécificité féminine est différente de la spécificité masculine et cette diversité dans l'égalité est enrichissante et indispensable pour une vie sociale harmonieuse: « Si l'on veut assurer aux femmes la place à laquelle elles ont droit dans l'Église et dans la société, une condition s'impose: l'étude sérieuse et approfondie des fondements anthropologiques de la condition masculine et féminine, visant à préciser l'identité personnelle propre de la femme dans sa relation de diversité et de complémentarité réciproque avec l'homme, et cela, non seulement pour ce qui regarde les rôles à jouer et les fonctions à assurer, mais aussi et plus profondément pour ce qui regarde la structure de la personne et sa signification ».
#242 : Dans l'éducation des enfants, le rôle maternel et le rôle paternel sont tout aussi nécessaires.552 Les parents doivent donc œuvrer conjointement. Ils exerceront l'autorité avec respect et délicatesse, mais aussi avec fermeté et vigueur: elle doit être crédible, cohérente, sage et toujours orientée vers le bien intégral des enfants.
#228 : « Si, du point de vue juridique, le mariage entre deux personnes de sexe différent était considéré seulement comme une des formes de mariage possible, l'idée de mariage subirait un changement radical, et ce, au détriment grave du bien commun. En mettant sur un plan analogue l'union homosexuelle, le mariage ou la famille, l'État agit arbitrairement et entre en contradiction avec ses propres devoirs »
#189 : La conséquence de la subsidiarité est la participation, qui s'exprime, essentiellement, en une série d'activités à travers lesquelles le citoyen contribue à la vie culturelle, économique, sociale et politique de la communauté civile à laquelle il appartient. La participation est un devoir que tous doivent consciemment exercer, d'une manière responsable et en vue du bien commun. [...] En outre, une forte tension morale est nécessaire pour que la gestion de la vie publique soit le fruit de la coresponsabilité de chacun vis-à-vis du bien commun.


lundi 16 juillet 2012

faut-il supprimer le 15 août ?


Les DRH veulent supprimer les jours fériés qui correspondent à des fêtes catholiques.

Pékin, Chine, juillet 2008.
Je suis dans la rue, au milieu d'une marée de vélo. Une femme se fait pousser par un motard sur le croisement entre deux routes, et tombe sur le carrefour, à côté du passage piéton. Le motard voit ce qu'il a fait, se retourne, et file sans demander son reste. Il y a probablement des gens comme ça partout, pas de quoi en faire un flan. Par terre, elle hurle en chinois, et a l'air d'avoir mal. La marée passe, imperturbable. Une quinzaine de vélos arrêtés sur la route perpendiculaire, à trois mètres d'elles, regardent la scène avec un intérêt non dissimulé. Une vingtaine de piétons passent à moins d'un mètre d'elle, la regardant ostensiblement. Plein d'autres gens regardent du trottoir. Et elle de continuer à hurler qu'elle a mal. Je regarde la scène pendant d'interminables secondes pendant lesquelles rien ne se passe, puis pose mon vélo sur le côté, l'aide à se relever et on claudique ensemble jusqu'au trottoir. Tout le monde s'attroupe pour entendre l'histoire. Je suis perdu, je ne comprends rien. A ce qui vient de se passer, et à son flux de parole qui n'a d'égal que le nombre de gens qui ont assisté en purs spectateurs à cette histoire. Un petit vieux me tire par la manche et me dit que c'est bien ce que j'ai fait, et qu'un Chinois ne l'aurait jamais fait.
En Chine, le « aime ton prochain comme toi-même » n'est pas dans la culture. La culture de la famille (et l'amour dans la famille) est peut-être plus poussée que chez nous, mais hors de la famille, des amis et des collègues, l'homme n'est qu'un étranger. Pas un « prochain ». Presque pas un homme. Donc pas digne de compassion.
La morale de cette histoire, c'est que nous sommes en France dans une société profondément chrétienne. En France, quand quelqu'un tombe, le minimum syndical, c'est de faire semblant de ne pas avoir remarqué... A défaut de démontrer un altruisme sans faille, ça prouve qu'il reste quelque part une petite voix qui nous dit que nous nous devons à l'autre. Une intuition du message du Christ qui dit à chacun (même aux inconnus que nous croisons) « tu as du prix à mes yeux et je t'aime » (Is 43,4). Cette petite voix est peut-être faible, comme est faible notre courage devant la souffrance des personnes qui croisent notre route. Mais cette petite voix faible, partagée par toute une société, elle a de la valeur. Une grande valeur. Pour être déjà tombé à vélo en France, il n'était pas passé trois personnes que deux passants se sont arrêtés pour m'aider... Alors que je n'avais pas été poussé, que j'étais à un endroit sans danger, et que j'allais bien.
Renier nos racines chrétiennes, c'est manifester l'envie de faire taire cette petite voix. Cette intuition de la vérité profonde du message du Christ à laquelle même les non-croyants, ici, adhèrent. Supprimer les jours fériés qui correspondent à des fêtes chrétiennes, c'est manifester l'envie de jeter la boussole qui nous guide. Même sans comprendre le phénomène physique, on peut apprécier l'utilité d'une boussole. Même si nous ne croyons pas tous en Dieu, reconnaissons donc que notre société a besoin d'adhérer au fond du message chrétien. Assumons notre culture chrétienne.


Et pour les chrétiens qui ne sont pas des DRH, on peut commencer par souhaiter à nos collègues un « joyeux Noël » au lieu de « bonnes fêtes », de joyeuses fêtes de Pâques plutôt qu'un « bon week-end », voire même (plus difficile) une bonne fête de l'assomption plutôt qu'un « à jeudi »...

samedi 30 juin 2012

Faut-il abolir la prostitution ?


   Dans un contexte où l'on nous promet le mariage homosexuel, l'euthanasie et toujours plus d'avortement, le gouvernement m'a bien surpris en proposant d'interdire la prostitution... ou plus exactement de pénaliser les clients de la prostitution. Malgré une pensée (trop) largement partagée selon laquelle la liberté de tout faire est la norme en tout y compris dans la conception profonde de l'amour et de la vie, il reste donc des situations dans lesquelles un libre consentement rémunéré garderait quelque chose de pas complètement satisfaisant... Sautons dans la brèche qui nous est ainsi offerte par Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, et venons à l'appui du gouvernement dans ce positionnement courageux et plein d'humanité !

Pénaliser les clients de la prostitution est légitime !
   La prostitution n'est pas une activité comme les autres. Réalisée dans un contexte fréquemment emprunt de violence (tant dans son organisation que dans la clientèle rencontrée), elle est en plus un acte de soumission qui rabaisse la femme (ou l'homme) qui se vend à un objet, une marchandise. L'Eglise va jusqu'à parler de forme d'esclavage. (#158 du compendium de la doctrine sociale de l'Eglise) : « La proclamation solennelle des droits de l'homme est contredite par la douloureuse réalité de violations, de guerres et de violences en tout genre, en premier lieu […] la diffusion un peu partout de formes toujours nouvelles d'esclavage comme le trafic d'êtres humains, les enfants soldats, l'exploitation des travailleurs, le trafic illégal e drogues et la prostitution. ». On ne peut ainsi pas considérer que cette activité est « juste un choix d'adultes consentants ». Il y a rabaissement de la personne humaine. Il suffit pour en être convaincu de voir comme le mot « pute » est utilisé couramment (pas par moi !) à titre d'injure pour condamner des personnes ayant commis des actes manquant d'humanité.

   Cette déshumanisation est le signe d'un échec de la société à intégrer les personnes qui s'adonnent à cette activité. C'est en cela que l'Etat est légitime à agir pour réintégrer ces femmes et ces hommes. Là où l'Etat peut difficilement agir sur une « volonté » (un pis-aller) de la prostituée elle-même en pénalisant l'activité directement (de même qu'on ne pénalise pas le suicide ou l'auto-mutilation qui sont aussi, à l'évidence, des actes néfastes pour la personne), l'Etat peut rendre cette activité moins attractive en réduisant la demande grâce à une loi qui interdirait la « demande ». Pour le coup, il est légitime de considérer que les clients participent activement à l'écartement de la société de ces femmes en favorisant et maintenant leur activité (et donc le nombre de femmes concernées). L'Etat est donc légitime à considérer qu'il y a faute de la part du client qui porte atteinte à leur dignité, et à la pénaliser. Les dix commandements étaient d'ailleurs lucides à cet égard : « tu ne convoiteras point la femme d'autrui ». Il n'est pas question dans les commandements de ne pas se donner à plusieurs hommes (même si c'est une conséquence), mais bien de ne pas chercher à demander à une femme de se donner à plusieurs hommes.


Chercher à réduire la prostitution est une bonne idée !
   Au delà du caractère légitime d'une telle loi, il serait opportun de chercher à réduire la prostitution.
Pour commencer, la DSE a pour but de favoriser une croissance de « tout homme et de tout l'homme », qui est une condition du bien commun. De tout homme, même les plus faibles ou ceux qui sont le plus dans le besoin comme les prostituées, et de tout l'homme : ces femmes ont le droit de grandir dans les différents domaines de leur vie, y compris celui de l'amour.
   Cette loi aurait aussi pour effet de nous aider à répondre au commandement d'amour qui nous est donné : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12,30), « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34). Ces deux demandes de Jésus insistent sur la qualité de l'amour qui est donné. Il faut aimer comme on s'aime soi-même, et comme Jésus nous a aimés. Bref, on ne pourra pas se limiter à l'exercice de l'amour physique avec une prostituée et s'estimer quitte avec ces commandements. Le compendium nous donne une bonne explication de ce qu'on doit retenir : « L'être humain est fait pour aimer et sans amour il ne peut pas vivre. Quand il se manifeste dans le don total de deux personnes dans leur complémentarité, l'amour ne peut pas être réduit aux émotions et aux sentiments ni, encore moins, à sa seule expression sexuelle. Une société qui tend toujours davantage à relativiser et à banaliser l'expérience de l'amour et de la sexualité exalte les aspects éphémères de la vie et en voile les valeurs fondamentales: il devient on ne peut plus urgent d'annoncer et de témoigner que la vérité de l'amour et de la sexualité conjugale existe là où se réalise un don entier et total des personnes, avec les caractéristiques de l'unité et de la fidélité. Cette vérité, source de joie, d'espérance et de vie, demeure impénétrable et impossible à atteindre tant que l'on reste enfermé dans le relativisme et le scepticisme. » (#223) L'amour ne se limite pas à sa seule expression sexuelle et on ne doit pas le relativiser et le considérer comme une marchandise qu'on peut acheter. Chercher à empêcher la prostitution est le signe d'une société qui tente de regagner une compréhension saine de ce qu'est l'amour !
   Cette vision de l'amour est liée dès l'origine à l'accueil des enfants : « Ève est créée semblable à Adam, comme celle qui, dans son altérité, le complète (cf. Gn 2, 18) pour former avec lui « une seule chair » (Gn 2, 24; cf.Mt 19, 5-6).459 En même temps, tous deux sont engagés dans la tâche de la procréation, qui fait d'eux des collaborateurs du Créateur: « Soyez féconds, multipliez- vous, emplissez la terre » (Gn 1, 28) » (#209 du compendium). Les efforts pour faire disparaître la prostitution sont autant de pas vers une conception de l'amour plus orientée vers un don complet duquel la vie peut émerger, au sein d'une famille qui est « le premier lieu de l'humanisation ». Ces efforts nous mènent en plus indirectement vers Dieu. L'amour fidèle, stable et indissoluble d'un homme et d'une femme, qui fondent une famille, est en effet «  un “signe” — signe discret et précieux, parfois soumis à la tentation, mais toujours renouvelé — de la fidélité inlassable de l'amour de Dieu et de Jésus-Christ pour tous les hommes, pour tout homme » (#225)

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   Jésus lui-même, lors de sa vie sur Terre, a porté une attention toute particulière aux prostituées qu'il a rencontrées, et les a aimées. A la fin de la parabole des deux fils du vigneron (Mt 21, 28-32), il dit même à son auditoire que les prostituées et les publicains les précéderont dans le royaume Dieu, eux qui n'ont pas cru à la prédication de Jean-Baptiste ! Grande source d'espérance pour les prostituées qui seront sauvées par le Christ.
   Pour nous, chrétiens, aujourd'hui, cette bienveillance du Christ doit résonner comme un appel à participer à la plus grande dignité des femmes qui tombent dans la prostitution. En leur disant « bonjour Madame » quand on en croise dans la rue pour commencer au niveau zéro de l'action du bon catho... Et en félicitant le gouvernement qui cherche à réduire au maximum le nombre de femmes concernées en interdisant le fait d'être client de la prostitution. Espérons que le gouvernement pourra persévérer dans cette voie qui s'annonce difficile, la position des socialistes étant pour le moins divisée. Le sujet sera difficile, il faudra que des prostituées se reconvertissent. Les clients qui vont rester seront peut-être les plus violents... On peut comprendre que la profession ne soit pas très enthousiaste. Mais globalement, on aura fait baisser le nombre d'actes de violence, et la société aura une vision plus saine de l'amour. Ce sont ces buts qu'il faut viser ! Bon courage Madame Vallaud-Belkacem.



samedi 23 juin 2012

Faut-il attendre quelque chose des conférences internationales sur l'environnement ?


La conférence internationale de Copenhague 2009 a été perçue comme un échec retentissant des négociations, puisque le texte de compromis final de cette conférence était non-contraignant. Ce texte prévoyait quand même le déblocage de 100 milliards d'euros par an à partir de 2020 pour aider les pays les moins développés à faire face aux changements climatiques. Au lendemain de Rio+20, force est de constater que nous sommes bien loin d'avoir pu atteindre ces sommets, fussent-ils « seulement financiers ». Le texte final de Rio+20, pas plus contraignant que celui de Copenhague, liste des bonnes intentions de niveau très « stratégique », sans préciser les voies et moyens de l'action. Les chefs d'Etat sont contre la faim, la pauvreté, la désertification, l'appauvrissement des océans, la pollution, la déforestation, et contre le risque d'extinction de milliers d'espèces. Et bien moi aussi, je suis contre, et je n'ai pas besoin d'aller à Rio pour le dire !
Ces résultats sont décevants, mais peut-on espérer quelque chose de réunions de chefs d'Etat aussi nombreux et aux intérêts aussi divergents ?


L'environnement dépasse les frontières, la solidarité est nécessaire !
Le but ultime de la doctrine sociale de l'Eglise est le développement intégral de tout homme et de tout l'homme. Cette attention à « tous » traduit le principe de solidarité qui s'exprime en particulier dans le partage des biens que la nature nous donne. Au lieu d'être en compétition les uns avec les autres, le magistère nous demande de nous allier les uns aux autres pour jouir des bienfaits de la nature. « Voir dans l'autre un co-créateur plutôt qu'un concurrent transforme l'interdépendance subie en interdépendance choisie. L'autre […] devient promesse d'un projet commun porteur de plus de vie pour chacun » (enjeux et défis écologiques pour l'avenir). Exit l'idée d'un « donnant-donnant », il nous faut apprendre le « bien vivre ensemble ».
Et il est vrai que tant de choses dans l'environnement dépassent les frontières administratives des états.
  • l'épuisement d'une ressource naturelle porte préjudice à celui qui l'extrayait et la commercialisait, mais également à ceux qui l'utilisaient et devront changer leurs usages.

  • Les espèces animales peuvent voyager, et une action sur le terrain d'un état peut avoir des incidences sur des espèces qui habitent dans d'autres territoires plus ou moins lointains en fonction de la capacité de l'espèce à migrer loin ou rapidement. « Chacun peut saisir l'importance de la région amazonienne, l'un des espaces naturels les plus appréciés dans la monde pour sa diversité biologique ce qui le rend vital pour l'équilibre environnemental de toute la planète » (#466 du compendium)
  • La qualité de l'eau est un sujet très fréquent de contentieux entre les pays. L'eau d'un fleuve qui passe la frontière est chargée de polluants qui empêchent parfois des usages particuliers en aval. Les prélèvements en amont réduisent également la quantité d'eau disponible pour les populations qui sont en aval, dans les pays qui subissent des pénuries d'eau importantes. « Un accès limité à l'eau potable a une incidence sur le bien-être d'un très grand nombre de personnes et est souvent la cause de maladies, de souffrances, de conflits, de pauvreté et même de mort ; cette question doit être cernée de façon à établir des critères moraux fondés précisément sur la valeur de la vie et sur le respect des droits et de la dignité de tous » (#484)
  • L'usage des biotechnologies doit aussi être respectueux de l'égale dignité de tous. L'asservissement des populations les moins riches par des cultures qui ne permettent pas de ré-ensemencer sa propre culture de l'année précédente est également contraire au principe du bien-vivre ensemble.
  • La pollution des airs, bien évidemment, traverse les frontières, et peut voyager à travers tout le globe avant d'être « absorbée » par la nature.


Il faut une force d'impulsion, les Etats et les chefs d'Etat ont leur rôle
L'action non concertée de quelques Etats seuls ne suffira pas. L'épuisement des richesses d'un territoire aura des incidences plus larges sur d'autres territoires. Il faut donc une coordination internationale sur ces sujets. Une nouvelle forme de gouvernance est nécessaire. Bien que non demandée explicitement dans le compendium qui pourtant est tout à fait dans cet esprit, elle apparaît plus précisément dans le document « enjeux et défis écologiques pour l'avenir » : « L'écologie appelle à inventer de nouvelles formes de gouvernance mondiale qui permettent à chaque pays de peser sur les décisions, indépendamment de son poids économique ». Rio+20 institue une « instance politique de haut niveau », mais ne lui donne aucun pouvoir concret, et seulement de vagues missions comme « Exercer une action mobilisatrice, donner des orientations et formuler des recommandations aux fins du développement durable ». L'Europe a pourtant commencé à montrer que certains types d'outils peuvent fonctionner entre Etats : homogénéisation de réglementations environnementales, création d'un marché des émissions pour favoriser les « bons élèves » et faire payer les « mauvais élèves », … De bonnes idées pourraient être reprises à un niveau supérieur, par application du principe de subsidiarité vu que les Etats individuels ne réussissent pas à se mettre d'accord sans une instance supérieure... Il est normal que la traduction juridique des engagements en faveur de l'environnement soient difficiles à mettre en place, et qu'on avance pas à pas au début, mais l'objectif de renforcer la coordination internationale est bien le bon, il ne faut pas le perdre de vue !
Les chefs d'Etat ont, par rapport à d'autres acteurs touchés au jour le jour par les contingences matérielles, la chance de pouvoir s'ils le souhaitent réfléchir sur le long terme. Or c'est justement l'un des axes qui doivent être développés dans notre réflexion sur l'environnement. « La crise écologique élargit d'une manière radicale l'horizon de notre responsabilité : nos décisions d'aujourd'hui ont plus que jamais un effet direct sur les conditions de vie de demain. Nous sommes ainsi invités à intégrer le futur dans nos décisions sur le présent et, de ce fait, à nous inscrire dans une ligne de temps qui nous précède et qui nous dépasse ». « L'actuelle crise financière et économique conduit à amplifier cette concentration sur l'urgence et l'immédiateté alors qu'une mise en perspective historique et une prise en compte de l'avenir de notre monde pourraient mener à de nouvelles orientations de vie, plutôt que s'en tenir à des critères normatifs qui montrent leur incapacité à résoudre les problèmes vitaux ». (enjeux et défis écologiques pour l'avenir). Il est donc juste d'attendre de la part de nos dirigeants qu'ils abordent les sommets internationaux du type de Rio+20 avec cet état d'esprit de souhaiter privilégier le long-terme sur le court-terme. L'échec des négociations est le signe que ça n'a pas été suffisamment le cas, et il nous faudra par tous les moyens possibles aider nos hommes politiques à assumer ce rôle que nous souhaitons qu'ils tiennent.

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Oui, j'attends beaucoup de choses de ces sommets internationaux, et je suis déçu des résultats très limités des derniers qui ont eu lieu. Apprendre à vivre ensemble passe par une solidarité (géographique, mais aussi avec les générations futures !) qui fait sortir du « donnant-donnant ». Une institution internationale forte dans le domaine de l'environnement nous y aiderait. Pour aider nos politiques à mieux appréhender l'importance de ces sujets, l'Eglise nous donne deux pistes très concrètes pour nous « chrétiens de terrain ». Notre action, forcément limitée, montrera aux hommes politiques qu'ils doivent, eux aussi, porter ces sujets-là, et ne pas tout attendre de la société civile
  • Nos styles de vie doivent s'inspirer de la sobriété, de la tempérance, de l'auto-discipline, sur le plan personnel et social. Il nous faut sortir de la logique de la simple consommation. Vivre cette « sobriété heureuse » sera le signe pour nos dirigeants que la logique de la consommation n'est pas un absolu, et qu'on attend plus de la vie que juste la consommation de biens !
  • Nous devons réapprendre la contemplation. Comme le fait d'observer le shabat permet d'acquérir un plus juste rapport au monde, la contemplation des saisons qui passent saura nous éviter d'acheter des fraises en hiver (femmes enceintes excusées!). La contemplation du Seigneur le dimanche saura nous aider à ne pas favoriser le travail du dimanche, et à se passer un jour par semaine d'assouvir notre besoin de consommation en faisant nos courses au supermarché... et la contemplation silencieuse de la beauté de la nature saura renforcer notre envie de la protéger dans chacune de nos actions.

samedi 26 mai 2012

Devons-nous suivre l'exemple du Vatican ?


L'actualité chrétienne du moment est entachée d'histoires de luttes de pouvoir sur fond d'espionnage au Vatican. Des télégrammes diplomatiques ont été diffusés à la presse italienne, vraisemblablement par le majordome du pape ; il est question de pressions du Vatican dans les affaires politiques italiennes, de scandale de pédophilie ou de mœurs sexuelles de membres du clergé, ou encore, et c'est le sujet le plus médiatisé, d'opacité financière du Vatican, qui est en ce moment en train de demander à rentrer dans la « white list » (liste blanche) des Etats qui satisfont aux obligations européennes de lutte contre le blanchiment d'argent.
Alors forcément, on se demande comment il se fait que de tels comportements existent au Vatican. La séparation religieux-politique, la chasteté, la vérité, l'honnêteté, tout ça est inscrit assez clairement dans la doctrine sociale de l'Eglise (DSE). L'Eglise n'a-t-elle pas un devoir d'exemple ?

La DSE donne à l'Eglise le rôle principal d'annoncer l'Evangile
Ce qui frappe en parcourant le compendium de la DSE avec cette question en tête, c'est qu'on ne trouve quasiment aucune référence à un rôle d'exemplarité de l'Eglise. Exemplarité des chrétiens, oui. Diffusion de la DSE par l'Eglise, oui. Mais pas de rôle d'exemplarité pour l'Eglise.
En effet, on lit : « L'Eglise se place concrètement au service du Royaume de Dieu avant tout en annonçant et en communiquant l'Evangile du Salut et en constituant de nouvelles communautés chrétiennes ». (#49 du compendium). Ca peut sembler être un positionnement surprenant, mais il n'en est rien. S'il fallait choisir, je préférerais une Eglise qui développe son discours pour inspirer l'action des hommes dans le monde entier, mais qui se plante un peu (un peu beaucoup, même) dans sa gestion financière. Le but premier de l'Eglise n'est pas d'être un expert en comptabilité, ni même d'être un modèle de transparence. On lit même dans le compendium (#197) : « Le respect de la légitime autonomie des réalités terrestres conduit l'Église à ne pas se réserver des compétences spécifiques d'ordre technique et temporel, mais elle ne l'empêche pas d'intervenir pour montrer comment, dans les différents choix de l'homme, ces valeurs sont affirmées ou, vice-versa, niées. ».
Le rôle de l’Église est d'annoncer l’Évangile et de constituer de nouvelles communautés chrétiennes, et c'est là qu'elle doit faire porter ses efforts. Alors bien sûr, la force de l'exemple est un argument à ne pas négliger. De la même manière qu'un ministère de l'écologie doit être capable de fonctionner avec une certaine attention à l'environnement, qu'un ministère de la justice doit être capable d'appliquer une certaine équité dans ses promotions internes, qu'un ministère de l'économie doit être capable d'utiliser avec parcimonie les fonds publics qu'il consomme pour ses propres besoins, il est nécessaire que l’Église puisse faire appliquer en son sein les principes – nombreux ! – qu'elle enseigne aux hommes. Faute de réussir à se conformer à ses propres principes, elle fait passer le message implicite que certaines conditions peuvent permettre de s'affranchir de ces préceptes (manque de fonds, manque de compétence, ...). Mais il faut bien comprendre que l'enseignement est la vraie première mission de l’Église.

En parlant d'exemplarité, on peut néanmoins remarquer que c'est l'une des ouvertures du document des évêques de France sur l'environnement, (pas cher, 2,85€ !) qui indiquent que : « L'Eglise n'a pas de compétence propre pour apporter des solutions globales aux différentes questions environnementales, tels les changements climatiques, l'épuisement des ressources naturelles, la perte de la biodiversité, les choix énergétiques. Mais elle doit être exemplaire dans ses actions et dans ses modes de consommation. Elle ne doit pas hésiter à faire connaître ses réalisations heureuses en la matière, convaincue de la force de persuasion des comportements exemplaires »

Le chrétien applique les principes de la DSE et témoigne par sa vie du message de l’Église

L'une des raisons pour lesquelles (je pense), cette exemplarité de l'Eglise n'est pas développée plus dans le compendium est le fait que l'homme ne doit pas faire reposer sur des structures ses choix moraux : « une acception du péché social qui, plus ou moins consciemment, conduirait à en diluer et presque à en effacer la composante personnelle, pour n'admettre que les fautes et les responsabilités sociales, n'est ni légitime ni acceptable. Au fond de chaque situation de péché se trouve toujours la personne qui pèche. » (#117).  (tiens, première fois que je re-cite la même phrase que dans un précédent article, champagne !). La parabole du bon samaritain va également dans ce sens. Celui qui est « le prochain » de l'homme tombé aux mains des brigands est le samaritain, et pas le prêtre ou le lévite qui ont passé leur chemin pour suivre la loi. Ce sont les choix personnels qui engagent moralement l'homme.
Et dans ce domaine, les conseils du compendium ne manquent pas : le chrétien doit être exemplaire ! (ouf, on retombe sur nos pattes, du coup, il y a donc quand même une certaine logique à ce que l'Eglise, constituée de chrétiens, ait un comportement exemplaire)

En effet, les chrétiens sont « le ferment » de la DSE. Dans le langage moderne informatique, on parlerait des « early adopters » (les premiers utilisateurs).
« les fidèles laïcs peuvent contribuer, comme du dedans, à la sanctification du monde, à la façon d'un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l'esprit évangélique, et manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie » (#545). BAM ! on peut difficilement faire plus clair. Commencez vous-mêmes, et ensuite, les autres vous verront et vous copieront. Ma marraine m'a donné à ma première communion un livre de paraboles du temps moderne. On y apprend que pour faire boire un âne qui n'a pas soif, il ne sert à rien de le forcer, de le pousser, de le tirer, de lui mettre la tête dans l'eau... Il faut simplement mettre à côté de lui un âne qui a soif. Soyons ces ânes qui ont soif pour donner soif aux autres ! « Le besoin d'une nouvelle évangélisation fait comprendre à l’Église que son message social sera rendu crédible par le témoignage des œuvres plus encore que par sa cohérence et sa logique internes » (#525). Si nous faisons de grandes œuvres sous la conduite de l'Esprit-Saint, nous convaincrons !
Mais avant même de convertir les autres, il nous faut nous convertir nous-mêmes aux principes de l’Église, et transformer le monde dans notre recherche du bien commun. Tout un chapitre est consacré à l'action des laïcs dans le monde (#541 à #574). Ce chapitre n'est ni plus ni moins qu'un envoi en mission. La mission, ce n'est pas que pour les prêtres des missions étrangères de Paris... « Il revient au fidèle laïc d'annoncer l’Évangile par un témoignage de vie exemplaire, enraciné dans le Christ et vécu dans les réalités temporelles : famille, engagement dans le cadre du travail, de la culture, de la science et de la recherche ; exercice des responsabilités sociales, économiques et politiques. […] Ces réalités sont les destinataires de l'amour de Dieu ; l'engagement des fidèles laïcs doit correspondre à cette vision et se qualifier comme expression de la charité évangélique. » (#543) Et cette mission n'est pas seulement l'occasion d'exprimer des positions conformes à la foi. Cette mission est l'expression même de notre foi qui « construit » notre action : « Les fidèles laïcs sont appelés à cultiver une authentique spiritualité laïque, qui les régénère en hommes et femmes nouveaux, immergés dans le mystère de Dieu et insérés dans la société, saints et sanctificateurs. Une telle spiritualité édifie le monde selon l'Esprit de Jésus. » (#545). Bref, (c'était mon message implicite des 10 derniers articles) lisez le compendium !!!

***

Ne nous indignons pas du fait que l'institution Église est gérée par des hommes faillibles, et suivons l'enseignement de l'Eglise sans (trop) nous indigner de l'écart entre parole et actes. Jésus a lui même dit à Pierre qu'il s'appuierait sur lui pour bâtir son Église, alors qu'il savait que Pierre allait le renier par trois fois ; que ce soit pour nous aujourd'hui une source de joie ! Rendons grâce pour les efforts qui sont déployés pour promouvoir dans les instances du Vatican, une plus grande transparence financière, un meilleur contrôle de l'utilisation de l'argent en postulant pour être sur la « white list ». « L'Eglise enseigne qu'une paix véritable n'est possible que par le pardon et la réconciliation » (#517), « L'Eglise lutte pour la paix par la prière » (#519). Prions, de là où nous sommes, pour que le pardon vienne rapidement remplacer les conflits au sein du Vatican. Prions aussi pour que, sous la conduite de l'Esprit de Pentecôte, l'authentique spiritualité cultivée par les responsables du Vatican vienne construire une organisation toujours plus active dans la diffusion de l'évangile et ayant un comportement toujours plus exemplaire pour appuyer son enseignement sur un exemple concret de réussite de mise en œuvre de cet enseignement social.



dimanche 13 mai 2012

Faut-il interdire de fumer sur les terrasses couvertes ?


Dans l'actualité de la semaine, vient la question de la fumée sur les terrasses des restaurants et bars qui sont couvertes par des bâches... La cour d'appel de Paris rejette la demande des associations de protection des droits des non-fumeurs qui considéraient que ces terrasses bâchées sont des « lieux couverts et fermés ». Le syndicat des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs se félicite de cette décision qui pour lui vient rejeter une demande qui « veut aller au-delà de la loi et interdire de fumer partout ». La cour de cassation va visiblement devoir se prononcer, l'association ayant l'intention de se pourvoir en cassation. Et je laisserai donc la cour donner son avis sur la conformité à la loi actuelle de cette pratique... En revanche, on peut se demander si des éléments de la doctrine sociale de l'Eglise nous permettent d'approcher ce sujet sur le fond.

Un problème environnemental ?
La première chose qui frappe quand on creuse le sujet … c'est qu'il n'y a pas grand chose dans les écritures saintes, le compendium, ou les écrits du Vatican qui concerne l'air (à l'inverse de l'eau où ça déborde de tous les côtés, sans jeu de mot)... Quelques apparitions du mot « air » dans la bible, qu'on peut compter sur les doigts d'une main et qui ne parlent pas de qualité de l'air (c'est vrai qu'au temps de rédaction, la qualité de l'air n'était pas encore le sujet qu'il devient aujourd'hui). Le mot « air » n'apparaît pas dans le compendium (!), le mot « atmosphère » une seule fois. Et une recherche rapide sur les autres textes ne donne pas grand'chose... Mais ça n'empêche pas de faire une petite analyse de la question. Notamment en repartant des principes de la DSE (of course !), mais également des éléments de doctrine sur la sauvegarde de l'environnement qui ont quand même le droit à un chapitre du compendium.

En effet, même si la cigarette ne pose pas de vrais problèmes « environnementaux » à proprement parler, à l'échelle d'un repas sous bâche, la qualité de l'air respiré sur des terrasses couvertes dépasse de très loin les critères de qualité de l'air habituels, comme semblent l'indiquer les associations, qui sur ce point ont probablement raison. L'aspect sanitaire reste probablement limité, les poumons ayant un certain pouvoir d'auto-nettoyage lorsqu'ils se remettent à respirer de l'air propre. La gêne en revanche peut être réelle, et c'est bien là l'un des objectifs du développement durable : préserver les services rendus par la Nature et la qualité de ces services. Pour l'air, il s'agit d'avoir un air qui permette de vivre correctement, et qui soit de qualité « agréable ».

La protection de l'environnement est une question de solidarité
Les évêques de France apportent un éclairage nouveau et lumineux sur la protection de l'environnement dans un document qui vient de paraître. Cette protection est une application du principe de solidarité vis-à-vis de nos contemporains, et de nos successeurs. « Un tel projet commun du monde à venir suppose que nous apprenions à cultiver entre nous des relations de solidarité et de fraternité. Pour un vrai développement solidaire et durable, il nous faut tisser une interdépendance et une réciprocité qui ne soient pas mesurées en termes de simple équivalence, mais de « bien vivre ensemble ». Les enfants d'un même Père se savent appelés à vivre en sœurs et frères, au sein d'un même monde, conscients qu'il n'y a qu'une seule terre pour tous, aujourd'hui et demain » (enjeux et défis écologiques pour l'avenir, p30). Cette compréhension permet de caler beaucoup de problèmes : (dit avec mes mots) la protection de l'environnement permet d'exercer notre solidarité vis-à-vis de nos successeurs, mais la « consommation » de ressources naturelles (espace, matériaux...) peut également être compris comme de la solidarité « exercée malgré eux » par nos successeurs qui nous laissent les moyens de vivre notre vie correctement. Comme ils ne peuvent pas s'exprimer aujourd'hui, à nous de comprendre quelle est la solidarité que nous pouvons mettre en œuvre, à notre profit, « par intérim du futur » ! La distinction entre futur et présent tend donc à s'estomper entre les enfants de Dieu d'aujourd'hui et de demain qui sont tous frères, et nous donne une responsabilité particulière aujourd'hui vis-à-vis du futur que nous représentons aujourd'hui (et non pas seulement une responsabilité de protecteurs)... Mais du coup, la solidarité vis-à-vis de nos contemporains n'est pas moins importante que la solidarité vis-à-vis de nos successeurs dans la préservation de la Nature et de sa beauté, et c'est pour ça que le sujet des cigarettes en terrasse bâchée peut être traité comme un sujet environnemental même s'il n'a pas d'effet sur le futur, mais seulement dans l'instant. « Le Magistère souligne la responsabilité qui incombe à l'homme de préserver un environnement intègre et sain pour tous [...] promouvoir l'environnement comme maison et comme ressource en faveur de l'homme et de tous les hommes, […] éliminer les facteurs de pollution, [et] assurer des conditions d'hygiène et de santé adéquates pour de petits groupes comme pour de vastes établissements humains […] La protection de l'environnement constitue un défi pour l'humanité tout entière : il s'agit du devoir, commun et universel, de respecter un bien collectif, destiné à tous, en empêchant que l'on puisse impunément faire usage des [...] éléments naturels comme on le veut, en fonction de ses propres besoins économiques ». (#465 et 466 du compendium)

Comment mettre en œuvre cette solidarité ?
L'objectif étant donné, quels moyens lui attribuer ? Le recours à la loi est-il nécessaire ? L'Eglise répond oui pour la protection de l'environnement par une traduction juridique ferme : « La responsabilité à l'égard de l'environnement doit trouver une traduction adéquate au niveau juridique. […] Chaque Etat, dans son propre territoire, a le devoir de prévenir la dégradation de l'atmosphère [… notamment …] en protégeant ses concitoyens contre le risque d'être exposés à des agents polluants ». Néanmoins, ce moyen « légal » n'est pas suffisant (en effet, on ne peut attendre des institutions qu'elles se substituent à l'individu dans ses obligations morales)... « Les normes juridiques ne suffisent pas à elles seules ; à côté d'elles doivent mûrir un sens fort de responsabilité, ainsi qu'un changement effectif dans les mentalités et dans les styles de vie ».
Ce sens de responsabilité pourrait être la clé pour ce sujet particulier : il est déjà plus ou moins la « bonne pratique » des fumeurs qui demandent à leurs voisins si la fumée ne les dérange pas, ce qui me semble un bon premier pas pour répondre à l'objectif de solidarité. La bonne pratique étant probablement un peu insuffisante (les clients arrivant après le début de la cigarette en ont les effets sans avoir eu l'occasion de s'exprimer, par exemple) et n'étant en plus pas toujours respectée, une loi peut avoir un certain sens et règle durablement le problème en imposant la solidarité... Ce n'est pas complètement satisfaisant car ça fait porter à l'Etat les modalités de mise en oeuvre de nos obligations morales, mais ça peut n'être qu'un premier pas dans la direction d'une intégration de ce principe de solidarité dans la culture commune.

***
En tout cas, on peut se réjouir de l'initiative des évêques de France qui se sont lancés dans une réflexion sur l'écologie et ont publié un premier début de réflexion annonçant qu'« une résolution a été prise au terme de l'assemblée des évêques en novembre : que la question écologique devienne une préoccupation permanente de l'Eglise en France ». Le sujet de la qualité de l'air sera certainement développé dans leurs prochaines réflexions.


PS... J'en profite pour vous faire remarquer une nouveauté sur ce site, vous pouvez maintenant recevoir les articles par email en laissant votre adresse email en haut à droite ! Yeah !



samedi 5 mai 2012

Idée de boîte n°1 : animateur de quartier


    Pour répondre au quintuple objectif de faire au moins quelques articles un peu plus courts, de ne pas parler de la campagne électorale alors qu'elle est finie et que c'est interdit aujourd'hui, de sacrifier au troisième verbe de la méthode « voir, juger, agir » qui guide la doctrine sociale de l'Eglise, de faire des articles qui facilitent un peu plus les échanges avec vous tous, mes nombreux lecteurs et de combattre la crise financière, je vous propose le premier article de ce qui sera une rubrique régulière : « Idée de boîte »...
On dit que la DSE est un trésor (en tout cas, je le crois). C'est bien, mais comment on le monétise, ce trésor ? Comment on le vend pour devenir multimillionnaire ? Je me propose donc de vous faire partager quelques idées sorties du chapeau, et d'une lecture attentive du compendium, pour transformer, dans la logique économique qui est notre terrain de jeu, les concepts et enseignements de la doctrine sociale de l'Eglise.
Attention, je ne prétends pas n'avoir que des bonnes idées ! Et la première idée est :

« Animateur de quartier »

Commençons par laisser parler le compendium (#149)
« La personne est de par sa constitution un être social, car ainsi l'a voulue Dieu qui l'a créée. La nature de l'homme se manifeste, en effet, comme nature d'un être qui répond à ses besoins sur la base d'une subjectivité relationnelle, c'est-à-dire à la manière d'un être libre et responsable, qui reconnaît la nécessité de s'intégrer et de collaborer avec ses semblables et est capable de communion avec eux en vertu de la connaissance et de l'amour: « Une société est un ensemble de personnes liées de façon organique par un principe d'unité qui dépasse chacune d'elles. Assemblée à la fois visible et spirituelle, une société perdure dans le temps: elle recueille le passé et prépare l'avenir ».
Il faut donc souligner que la vie communautaire est une caractéristique naturelle qui distingue l'homme du reste des créatures terrestres. L'action sociale porte en elle un signe particulier de l'homme et de l'humanité, celui d'une personne agissante au sein d'une communauté de personnes : ce signe détermine sa qualification intérieure et constitue, en un certain sens, sa nature même.297 Cette caractéristique relationnelle acquiert, à la lumière de la foi, un sens plus profond et plus stable. Faite à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26) et constituée dans l'univers visible pour vivre en société (cf. Gn 2, 20.23) et pour dominer la terre (cf. Gn 1, 26.28-30), la personne humaine est donc, dès le commencement, appelée à la vie sociale: « Dieu n'a pas créé l'homme comme un “être solitaire”, mais il l'a voulu comme un “être social”. La vie sociale n'est donc pas extérieure à l'homme: il ne peut croître et réaliser sa vocation qu'en relation avec les autres ».
 »

Il faut être honnêtes, aujourd'hui, on ne peut pas dire que les quartiers soient vraiment des communautés de personnes. Combien d'entre nous sont capables de nommer par leur prénom tous leurs voisins de l'immeuble ? De leur palier ? Combien connaissent plus d'une famille de l'immeuble d'à côté ? Combien savent qui dans leur quartier est capable de leur prêter un tournevis de machine à coudre ? Combien savent qui sont les joueurs de tarot du quartier ?

Un animateur de quartier pourrait, en plus de l'organisation des obligatoires fêtes des voisins en juin, organiser
  • des « dîners gastronomiques du vendredi » où les volontaires seraient chaque vendredi mis au hasard par groupes de 6 et iraient manger chez l'un d'entre eux.
  • Des tournois de coinche, de tarot, de pétanque, de tricot
  • Un système de baby-sitter dans le quartier pour éviter la corvée de « ramenage à la maison de la baby-sitter qui habite à cinq-mille kilomètres »
  • des cours d'origami pour mettre en valeur le voisin du deuxième à gauche en sortant de l'ascenseur qui a un talent de plieur de papier et un peu de mal à se socialiser à cause d'un penchant surprenant pour le hard métal
  • une récupération des colis qu'on se fait livrer par la poste et qui arrivent à 10h du matin quand on est au boulot
  • mettre en place et faire vivre des outils web 2.0 pour faire passer des annonces pour chercher un partenaire de coinche, un batteur à œufs, un conseil de film pour le samedi soir... ou commenter les idées de la municipalité qui prévoit d'élargir les trottoirs et d'enlever des places de parking...


Alors vous me direz que je suis en train de regretter la disparition des concierges... Il y a un peu de ça, mais ça irait plus loin. D'abord, ce serait pas pour un seul immeuble, mais au moins un petit quartier. Ensuite, il faudrait qu'il ait un peu de charisme, cet animateur, pour entraîner les foules et faire naître un esprit d'appartenance à une même communauté. Il faudrait qu'il ait plein d'idées pour faire vivre le quartier, et le don pour inciter les plus timides à profiter de ce don que Dieu nous fait d'avoir les autres avec qui tisser des liens, qu'il ait une attention particulière aux plus pauvres, aux personnes âgées, pour que la communauté se rassemble autours d'eux, qu'il ait enfin, un grand esprit d'ouverture pour savoir mettre en valeur chacun. Bref, c'est pas un concierge, mais un super-concierge...
Côté principes de la DSE, sur une échelle de 0 à 5, au doigt mouillé :  
Bien commun : 4 
Destination Universelle des Biens (DUB) : 4
Solidarité : 4
Participation : 2
Subsidiarité : 1

Le business modèle pourrait s'appuyer sur les syndics avec une prestation intégrée aux charges. A l'échelle d'un quartier, il y a certainement moyen de mobiliser quelques crédits de la commune qui verra un quartier gagner en vitalité. Certaines activités pourraient être très faiblement payantes... Et en cherchant quelques généreux donateurs dans le quartier qui veulent aider un petit jeune à créer son propre emploi, on doit pouvoir boucler une année de salaire...

Et pour réussir ce job, pas besoin d'être chrétien … mais ça aidera !

Les commentaires sont ouverts pour vos impressions : faisable, inutile, déjà-vu déjà-fait déjà-mort, idée géniale, j'ai envie de me mettre à mon compte dès demain pour faire ça, trop cher pour la collectivité, etc... Lâchez-vous ! (faisons un peu communauté...)


lundi 30 avril 2012

Voter blanc, est-ce nul ?


Nous voilà entre les deux tours. J'ai la grande surprise de constater que des connaissances, ainsi que d'autres blogs cathos semblent considérer que ce n'est pas si absurde que ça comme démarche, de voter blanc. Ma deuxième surprise est de constater, en creusant un peu, que le sujet n'est pas abordé frontalement par l'Eglise. Voici donc l'état de ma réflexion que je vous invite à compléter dans les commentaires !

En démocratie, la participation du citoyen à la recherche du bien commun passe par le vote
L'abstention est a priori refusée par l'Eglise : « La soumission à l’autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l’exercice du droit de vote, la défense du pays » (Catéchisme de l'Eglise Catholique, 2240)
La raison pour laquelle notre vote est demandé est simplement une application du principe de participation : chacun doit participer à l'émergence d'une société plus juste et à la constitution d'un gouvernement qui poursuivra le bien commun :
« Tous les comportements qui incitent le citoyen à des formes de participation insuffisantes ou incorrectes et à la désaffection répandue pour tout ce qui concerne la sphère de la vie sociale et politique doivent être considérés avec une certaine inquiétude: que l'on pense, par exemple, [...]à la pratique de se limiter à l'expression d'un choix électoral, allant même, dans de nombreux cas, jusqu'à s'en abstenir » (#191, Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise)
« Aussi faut-il stimuler chez tous la volonté de prendre part aux entreprises communes. Et il faut louer la façon d’agir des nations où, dans une authentique liberté, le plus grand nombre possible de citoyens participe aux affaires publiques. » (Gaudium et Spes)

     Le droit civil est devenu un devoir moral (c'est d'ailleurs écrit sur nos cartes d'électeurs). Pourquoi donc est-ce un devoir ? C'est le régime démocratique dans lequel nous vivons qui fait du vote un devoir. Si la société était dirigée par un petit groupe d'hommes qui se cooptent et ont pour seul objectif de poursuivre le bien commun, le vote de chacun n'aurait pas de caractère nécessaire. Observons pour cela la nomination des évêques et du pape qui ne passent pas par un vote de tous les chrétiens, mais qui a néanmoins pour but de poursuivre le bien commun. Mais tel n'a pas été le choix des assemblées constituantes qui ont fondé nos démocraties modernes. La recherche du bien commun a été jugée d'une complexité telle que quelques uns, même au nom de tous, ne pourraient pas correctement la poursuivre. Et c'est donc au résultat de votes aux élections qu'a été confiée le choix du chemin à poursuivre pour se rapprocher de ce bien commun. L'assemblée constituante a préféré l'intelligence collective à l'intelligence de certaines catégories de citoyens. La démocratie n'est pas un système parfait ni l'unique système possible, mais elle est le « terrain de vie » qui nous a été donné pour vivre notre sanctification, et nous agissons dans ce cadre. S'abstenir, c'est refuser de participer à l'intelligence collective, s'en remettant aux « autres » pour faire le choix. A noter que différentes constitutions impliquent des devoirs différents. Les évêques d'Italie ont appelé à s'abstenir lors du référendum sur l'avortement de 2005 puisque pour être validé, le référendum devait recueillir plus de 50% de participation. Avec ce genre de règles, l'abstention peut devenir un acte réel de participation ! Mais rien de tout cela en France et il nous faut donc agir avec les « règles du jeu » qui nous sont imposées, et qui impliquent que l'abstention est une non-participation.

Plusieurs erreurs mènent à l'abstention
Ce déni de participation me semble pouvoir reposer sur trois erreurs :
  • l'idée fausse selon laquelle, le choix étant difficile, on s'en remet à d'autres qui sauront mieux. Si ces choix étaient scientifiques, on n'aurait pas besoin de l'appel au peuple, et il n'est donc pas juste de chercher à s'extraire du choix qui s'offre à nous. Si je me trompe dans mon vote et vote par mégarde pour le candidat qui est le plus loin de mes idées, mon vote sera contrebalancé par d'autres qui, refusant comme moi l'abstention, auront retenu les bons morceaux des discours des candidats. L'intelligence collective rattrape l'erreur individuelle, mais pour ça faut-il accepter de faire à titre individuel une erreur une fois de temps en temps pour, la plupart du temps, faire un vote juste et ainsi contribuer globalement au bien commun !

  • L'idée fausse selon laquelle les candidats n'ont pas un programme compatible avec nos idées ou nos croyances, et qu'on ne peut donc pas cautionner leur élection. Là où cet argument pourrait porter pour des candidats « parfaitement égaux dans leur éloignement à nos valeurs et nos idées », je crois honnêtement qu'on ne peut pas, aujourd'hui, dire que Nicolas Sarkozy et François Hollande sont « parfaitement égaux dans leur éloignement aux valeurs et aux idées » de chacun de ceux qui vont s'abstenir pour ces raisons-là (à fortiori au premier tour où il y avait 10 candidats !) Les programmes sont réellement différents. Sans rentrer dans l'analyse des programmes, pour réduire la dette l'un souhaite une augmentation des revenus de l'Etat, l'autre une diminution des dépenses. L'un prône le mariage homosexuel et l'homoparentalité, l'autre non. L'un souhaite créer 60.000 postes dans l'Education nationale, l'autre veut continuer la réduction des effectifs de la fonction publique. L'un veut ramener l'âge de départ à la retraite à 60 ans avec 41,5 ans de cotisation alors que l'autre a fait un mouvement inverse il y a un an. Je ne crois pas que trois « points non négociables » permettent d'analyser un programme et de faire son choix, même s'ils peuvent et doivent y contribuer. Le document des évêques de France va d'ailleurs bien au-delà des trois principes non négociables et nous donne des clés de lecture plus larges. Mais vu les différences entre programmes, se considérer indifférent au nom du prochain candidat relève selon moi de la paresse intellectuelle au mieux.
    Ainsi Monseigneur Vingt-Trois dit-il que nous sommes dans un « pays où on a la liberté de vote, la liberté de choix, et on peut réellement infléchir l'avenir de notre pays par la désignation qu'on fait de son président et des députés. ». Monseigneur Barbarin également est plutôt sur cette ligne de conduite même si dans certains cas, il n'exclue pas le principe d'un vote blanc : Dans le cas d’un deuxième tour d’une élection présidentielle, comme il le fait remarquer, l’un des deux candidats sera de toute façon élu. Dans ce contexte, « faire le choix de l’objection de conscience serait porter une part de responsabilité et estimer que les deux candidats sont également et gravement inadéquats à cette responsabilité, ce qui est à bien réfléchir ».
  • L'idée fausse selon laquelle on passe un message en votant blanc. Mais quel message ? Le message qu'on regrette que tel ou tel candidat n'ait pas pu se présenter à cause des 500 signatures. Le message qu'on souhaite que le vote blanc soit compté. Le message qu'on souhaite un changement de constitution. Le message que les deux candidats nous semblent équivalents. Et tant d'autres messages. Leur diversité est leur illisibilité ! Interprétés dans tous les sens, le message d'origine de chaque votant est perdu et tordu. Ces messages ont pour vocation de remonter par le biais des corps intermédiaires : syndicats, partis politiques, associations. Ces organisations savent porter des messages lisibles, et les faire entendre, faisons leur confiance et aidons-les, mais pas par un vote blanc !
« Tel est le cadre de la société civile, conçue comme l'ensemble des rapports entre individus et entre sociétés intermédiaires, les premiers à être instaurés et qui se réalisent grâce à « la personnalité créative du citoyen ». Le réseau de ces rapports irrigue le tissu social et constitue la base d'une véritable communauté de personnes, en rendant possible la reconnaissance de formes plus élevées de socialité. » (#185, Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise)


La confiance du chrétien citoyen est la clé de sa participation aux scrutins les plus difficiles
Il nous faut donc faire un choix. Bien conscients que notre choix ne sera pas parfait et qu'il aura des conséquences, nous devons garder la confiance des chrétiens qui savent Dieu présent sur le chemin de l'humanité. De même que de notre incertitude sur notre choix, la démocratie trouvera une tendance de choix dans une population, de même, de présidents imparfaits en présidents imparfaits, la France trouvera à s'avancer vers toujours plus de liberté, d'égalité et de fraternité, dans la recherche du bien commun.
« L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son ingéniosité. Ce n’est toutefois que par le secours de la grâce divine que la liberté humaine, blessée par le péché, peut s’ordonner à Dieu d’une manière effective et intégrale.  » (Gaudium et Spes)
Ne craignons pas les imperfections du prochain président, craignons l'absence de participation réelle de chrétiens qui ont une voix à porter dans le monde qui nous entoure, à ces présidentielles, mais aussi dans les mois et années qui la suivront ! La foi en Dieu ne peut pas aller sans une espérance, une confiance, dans l'avenir de notre pays et de notre monde.

*   *   *
 
« En effet, plus le monde s’unifie et plus il est manifeste que les obligations de l’homme dépassent les groupes particuliers pour s’étendre peu à peu à l’univers entier. Ce qui ne peut se faire que si les individus et les groupes cultivent en eux les valeurs morales et sociales et les répandent autour d’eux. Alors, avec le nécessaire secours de la grâce divine, surgiront des hommes vraiment nouveaux, artisans de l’humanité nouvelle. » (Gaudium et Spes)

Bon vote dimanche prochain !

mercredi 25 avril 2012

Est-il normal de chercher des profs sur leboncoin.fr ?


    Les journaux relatent plusieurs histoires de professeurs qui ont été recrutés sur leboncoin.fr. J'entendais récemment que l'éducation est le sujet politique le plus difficile, parce que tout le monde se sent concerné et compétent : nous avons tous été à l'école, et tous les parents se sentent en plus concernés par la réussite de leurs enfants. Du coup, chacun a une idée bien précise de ce qu'il attend de l'école, des méthodes d'apprentissage (à bas la méthode globale !), etc... D'où le retentissement (tout relatif en plein bouclage du premier tour des présidentielles, certes) sur cette affaire qui, dans d'autres secteurs, n'aurait pas inquiété grand'monde (si un directeur de banque veut chercher un trader sur leboncoin.fr, il fait bien ce qu'il veut)... La conclusion qui ressortait de cette affaire est que si vraiment le rectorat n'était pas en mesure de fournir des professeurs, il fallait alors passer par le pôle emploi, et pas par le bon coin.
   L'éducation libre est un des points d'attention pointés par les évêques de France (voire l'un des points « non-négociables ») dont toute la blogosphère catho parle plus ou moins en détail pendant la campagne présidentielle ( et  et  et sans vouloir faire de la pub pour la concurrence), et ce sujet de l'éducation mérite donc bien quelques pensées... Auriez-vous acheté un prof sur leboncoin.fr pour donner des cours dans votre collège ?



Le proviseur doit pouvoir choisir ses enseignants
   En matière d'éducation, ce qui frappe en lisant le compendium de la doctrine sociale de l'Eglise (j'ai oublié de vous dire qu'il est en ligne si vous n'avez pas le bouquin que vous pouvez vous procurer par exemple ici) ; ce qui frappe, donc, c'est que l'évocation du sujet de l'éducation est quasiment toujours rattaché à une évocation de la famille. L'Eglise nous dit que l'éducation est une responsabilité de la famille « Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants » (#240 du Compendium) « mais pas les seuls » ajoute le rédacteur. « Les parents ont le droit de choisir les moyens qui peuvent les aider dans leur tâche d'éducateurs […]. Les autorités publiques ont le devoir de garantir ce droit et d'assurer les conditions concrètes qui en permettent l'exercice. »
  Soyons honnêtes, le sujet principalement visé dans ce paragraphe, et dans le principe non-négociable, est la possibilité d'une école libre, la liberté de constituer un enseignement mettant en valeur le message du Christ, etc. Néanmoins, cette exigence repose sur (et/ou induit) le principe que l'éducation n'est pas quelque chose qui doit être guidé de manière centralisée par un Etat inflexible, mais que le principe de subsidiarité doit jouer son rôle, et donner, ou rendre, un caractère « humain » à l'école qui doit être proche de ses élèves, des projets éducatifs des parents (et peut-être même des talents de ses profs) avant d'être proche du canon dicté par le ministère. L'existence d'un baccalauréat « commun », et même de programmes pour chaque classe, n'est pas une remise en cause de ce principe de subsidiarité. Le bac vient donner un élément de « validation des acquis » qui permet d'afficher un certain niveau tandis que les programmes permettent d'évaluer ce qu'un élève moyen est capable de s'approprier pendant une année de cours, et sont de bons guides pour les professeurs pour tirer le meilleur de leurs élèves sans en faire trop. Un certain respect du programme est nécessaire pour que les enfants qui déménagent puissent réintégrer simplement une nouvelle école. Mais les méthodes d'enseignement doivent rester libres, et des variations par rapport au programme ne sont pas choquantes. Un enseignement religieux obligatoire en Alsace-Moselle, l'enseignement de patois local dans certaines régions, le concept de sport étude, ou des aménagement de cours pour suivre une formation au cirque, des classes « européennes »… sont autant d'adaptations qui montrent une adaptation du cadre réglementaire, des exemples réussis, je pense, de subsidiarité, dont on a parfois trop de mal à tirer le maximum (filières professionnelles dévalorisées en France).
   Si les programmes peuvent souffrir de quelques adaptations, combien plus le directeur d'un établissement scolaire est-il fondé, pour construire le programme éducatif, à chercher à mobiliser les compétences là où il les trouve pour atteindre son objectif ! L'adhésion des professeurs aux principes d'éducation élaborés par le directeur en lien avec les familles est très importante, et n'est pas forcément directement liée au statut d'agent permanent de l'éducation nationale !
     Il ne me semble donc pas anormal que les proviseurs puissent explorer toute solution pour recruter leurs équipes, à condition bien sûr que ces conditions de recrutement permettent d'assurer la qualité de l'enseignement, et qu'elles ne portent pas atteinte aux principes de la DSE, et plus largement, à la dignité de l'homme. Le concours de la fonction publique permet d'assurer une certaine qualité aux enseignements, que ne permet pas forcément d'atteindre un recrutement au pôle emploi ou sur leboncoin.fr. C'est pourquoi les proviseurs passent préférentiellement par ce canal, et c'est certainement souhaitable. Mais lorsqu'il ne fonctionne pas, il est normal que d'autres solutions soient explorées... Par exemple pôle emploi, ou leboncoin.fr...

Les nouvelles technologies sont de beaux outils à subordonner au bien commun
    Les nouvelles technologies sont regardées avec confiance par l'Eglise qui voit en eux une merveilleuse concrétisation de la capacité de l'homme à participer à la création encore aujourd'hui. Mais l'Eglise constate que ces technologies ne sont pas toujours asservies à la recherche du bien commun, et qu'elles ont parfois pour effet d'accroître les inégalités, ou d'asservir les hommes.
    « C'est dans cette perspective qu'apparaît l'importance de la question relative à la propriété et à l'usage des nouvelles technologies et connaissances. [...] Ces ressources, comme tous les autres biens, ont une destination universelle; elles aussi doivent être insérées dans un contexte de normes juridiques et de règles sociales qui en garantissent un usage inspiré par des critères de justice, d'équité et de respect des droits de l'homme. » (283 du Compendium)
    Il faut donc se poser la question de l'équité de ce mode de recrutement. L'accès à internet, aujourd'hui en France, n'est plus vraiment un critère discriminant, encore moins pour les personnes suffisamment éduquées pour pouvoir prétendre devenir enseignant. Il est probablement moins discriminant (y compris socialement) que les concours de la fonction publique. La capacité à utiliser un site internet pour publier une annonce n'est pas très discriminante non plus. Elle dénote plus un savoir faire qu'une capacité.
On peut en revanche apprécier la capacité d'internet à diffuser une information plus largement et permettre de mettre en relation des hommes, en permettant aux proviseurs de trouver les compétences qu'ils recherchent :
    « Les fidèles laïcs considéreront les médias comme de possibles et puissants instruments de solidarité: « La solidarité apparaît comme une conséquence d'une communication vraie et juste, et de la libre circulation des idées, qui favorisent la connaissance et le respect d'autrui ». (#561)
 La solidarité qui rejoint la subsidiarité, ça mérite d'être creusé. L'excès dans l'une sans l'autre dégénère en « assistantialisme », l'excès dans l'autre sans l'une induit un « régionalisme égoïste »(#351). La bonne circulation des informations permet (dans le cas étudié ici) aux proviseurs de trouver les compétences qui correspondent le mieux à leur projet éducatif (subsidiarité). Elle permet aussi que les compétences du chercheur d'emploi trouvent à s'épanouir plus pleinement au service de ce projet par rapport à d'autres projets moins adaptés pour cette personne (solidarité : les proviseurs laissent aller la compétence à l'endroit où elle est le mieux utilisée). Ceux qui connaissent le principe de la longue traîne verront vite de quoi on parle (sur internet, un "produit" plus spécialisé et moins demandé peut se faire trouver par les acheteurs alors qu'il ne se vendrait pas en librairie car trop rares sont les acheteurs dans une seule ville... de la même manière, un prof un peu original pourra se faire trouver sur internet par un proviseur qui a un projet "pareillement original")
   Alors pourquoi demander que le proviseur passe par le pôle emploi ? Pour avoir une aide au recrutement pour le proviseur qui n'est pas un professionnel du recrutement ? Peut-être pour avoir accès à une base de données plus large de demandeurs, et donc de compétences à solliciter ? Mais ceci me semble plus relever du « conseil » que d'une obligation (même morale) pour le proviseur.


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    En conclusion, je ne serai pas aussi prompt à jeter la pierre aux proviseurs qui ont cherché à mobiliser les compétences qui leur manquaient là où ils ont pu les trouver, et qui ont sans aucun doute fait passer un entretien aux postulants pour s'assurer qu'ils étaient en capacité d'enseigner de manière satisfaisante ! Au travail, nous pouvons donc réfléchir aux procédures parfois rigides de recrutement et de promotion qui nous entourent et nous demander ce que nous pouvons faire pour les utiliser au service du bien commun, ou pour les modifier, en agissant pour chercher la meilleure correspondance entre des missions et des compétences des personnes qui vont avoir à les remplir !